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10.05.2008

Dr Martens ®


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On dit parfois qu’on s’en fout comme de sa première paire de bottes, mais en attendant, moi, je ne me foutrais jamais de ma première paire de Docs. Ca semble banal maintenant de se trimballer avec des Dr Martens aux pieds, mais il fut un temps pas si lointain où c’était une autre paire de… pompes justement. S’en procurer n’était déjà pas si simple. Mais le plus compliqué était encore de les conserver.

On était au début des années 80 et deux tribus urbaines étaient chaussées avec les chaussures du Dr Martens, les punks et les skins. Et souvent les premiers offraient leurs chaussures aux seconds, avant de se raser le crâne à leur tour pour récupérer une nouvelle paire. Le recyclage avant l’heure en quelque sorte, sauf que c’étaient des chaussures neuves qui circulaient ainsi. Les magazines féminins ne les affichaient pas encore, pas plus que les perfectos et ça restait une chaussure de mauvais garçon, et de mauvaise fille.

Ceux qui en portaient faisaient des envieux et il était de bon ton de bien montrer qu’on en possédait une paire. Le jean se portait roulé haut pour bien dégager le mollet et exhiber le cuir bien ciré. La Doc basse avait souvent la préférence des nutty boys et de ceux qui souhaitaient attirer un peu moins l’attention. La Doc bordeaux avait un peu le rôle inverse et était souvent préférée par le skin.

Ma première paire, j’étais allée la chercher à Londres. J’aimais y passer un moment l’été pour acheter des disques et assister à des concerts, deux domaines dans lesquels Paris faisait pâle figure en comparaison. À mon premier voyage, j’étais encore un jeune punk débutant et je ne jurais encore que par mes vieilles rangers. A mon second séjour, j’avais croisé un petit punk nantais avec qui j’avais fait la tournée des revendeurs, mais je n’avais pas encore craqué, trouvant l’investissement un peu exagéré par rapport à mes moyens et à mes envies de disques. C’est à mon voyage suivant que j’ai enfin sauté le cap, laissant à Londres mes rangers définitivement défoncées pour revenir avec une paire de 10 trous coquées noires. J’étais si ce n’est un autre homme, au moins un autre punk.

J’étais un autre et je ne le savais pas encore tout à fait. Pour la Chienne, qui avait accompagné mes années de lycée finissantes, j’avais des chaussures de skin. Elle avait vécu comme une trahison que notre petite bande s’élargisse, qu’on commence à traîner avec Mourad de l’Infanterie Sauvage, puis avec Rico, Treizième Section et tous ceux qui allaient créer Gougnaf Mouvement. La Chienne était exclusive et se vivait comme la punk historique du groupe. Nous voir avec d’autres lui était insupportable . Mes Docs furent presque la goutte d’eau qui officialisa la fin de notre relation. Ces premières Docs attirèrent par contre le regard de celle avec qui je suis toujours…

Depuis une soirée mémorable à Londres lorsqu’avec Guérilla Urbaine je traversais la ville vers un squat improbable en compagnie d’une réfugiée française, mes Docs m’ont accompagné lors de mes nombreuses dérives urbaines nocturnes. On marchait beaucoup à cette époque, on courait parfois aussi pour fuir un danger en bleu marine ou en kaki. C’était l’époque des nuits blanches à répétition.

Avec le travail, ma vie devenait de fait plus calme sans que je remise mes 10 trous au placard. Les élèves qui étaient face à moi étaient généralement moins étonnés que mes collègues, comme celle qui pensait que j’avais mis des chaussures de clown pour aller avec le thème du cirque qui servit de fil conducteur aux activités de la classe maternelle.
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Avec le temps, mes goûts musicaux ont évolué, mon mode de vie aussi et je n’avais plus besoin de me référer aux canons du punk pour m’exprimer. Sans renoncer aux Dr Martens, j’ai diversifié les modèles. Mocassin à languette bordeaux , jaunes 7 trous coquées, sabot fermé pour traveller, 3 trous transparentes, creepers en daim bleu, pointues noires et mes 14 trous violettes. La liste n’est pas exhaustive, ni chronologique. J’ai su varier les plaisirs, passer des noires sobres aux jaunes flashies en fonction des contextes, jouer parfois la provocation discrète avec les violettes dans un monde policé. Un peu histoire de dire que je n’en fais pas totalement partie. Un peu histoire de me leurrer sans doute. De toute façon, plus personne ne croit que les Docs sont des chaussures pour ceux qui veulent se démarquer, mais nombreux sont ceux qui font semblant d’y croire.

Commentaires

Ma fille, 31 ans en porte toujours...
Elle en a réclamé une paire à son frère qui vit à Londres.

Ecrit par : Rosa | 10.05.2008

Je retrouve avec plaisir des protagonistes déjà croisés.

Quant à tes docs transparentes, j'en suis toujours émerveillée ! (Celà dit, c'est comme ça que je dis quand je suis pieds nus ;) )

Bon, j'en ai un pour toi, il faut que j'écrive un truc pour L'Amoureux et puis je m'y colle.

Ecrit par : Anne | 10.05.2008

I - Ma dernière paire date d'un an.
II - Je ne porte que ça.
III - parfois - pour le travail : une paire de chaussures italiennes achetés il y a un siècle ou deux [ok, ok : il y a 8 ans] à l'occasion d'un mariage. Sinon, si la contrainte professionnelle n'est pas trop forte : une paire de docs basse, noires.
IV - des chaussures qui ont la vie dure
V - [Au sens propre comme au figuré]
VI - Alors ça me va.
VII - Je viens de me rappeler d'un t.r.u.c.k.h.q.c. : dans mon esprit - je pensais me marrier en docs martens basses. Je ris en me souvenant jusqu'où il m'est arrivé de pousser l'amour de ces chaussures hirsutes [même si je ne renie absolument pas ce voeu]
VII - Pour faire écho à Rosa : j'aurai l'âge du département du Gers la semaine prochaine.

Ecrit par : The passenger | 10.05.2008

Rosa, quand on a pris goût à ces chaussures, on ne peut plus s'en passer, c'est clair !

Anne, elles font toujours beaucoup d'effet. Il faut souvent un moment avant que les gens se rendent compte que ce sont des chaussettes et pas la chaussure !
(j'ai bien reçu, merci et j'en profite pour refaire un appel aux lecteurs, c'est un blog contributif, parlez vous aussi des objets qui vous tiennent à cœur !)

The Passenger, jene vois aucune contre-indication à un mariage en Docs ! J'ai passé des oraux de concours décisifs avec des Docs aux pieds !

Ecrit par : Jérôme | 10.05.2008

The passenger : je suis nulle en département !

Ceci dit moi les chaussures c'est pas mon truc, jaime :
les bijoux, les écharpes et foulards, et les sacs...

Ecrit par : Rosa | 11.05.2008

Tu ne vas vraiment parler que d'objets ?

Ecrit par : Rosa | 11.05.2008

Rosa, je connais plutôt bien mes départements, mais c'est vrai que le Gers j'ai un peu calé, 32.
Et oui, le thème est de ne parler que des objets, c'est le fil conducteur, mais je pense qu'on peut raconter beaucoup avec ce thème. Et c'est ouvert à tous, si tu souhaites participer, tu es la bienvenue !

Ecrit par : jérôme | 11.05.2008

Moi c'est plus stiletto ! Mais je me souviens d'une paire de Dc Martens que ma fille c'était offerte au collège dans les années 90, noires brillantes... elle les a adorées :)
Les transparentes sont INCROYABLES !

Ecrit par : Valérie de Haute Savoie | 11.05.2008

C'est sûr que c'est assez différent comme style Valérie !
Ma fille en a eu des vernies elle aussi, mais elle ne les aimait pas, un comble !
Les transparentes, j'en suis fier !

Ecrit par : Jérôme | 11.05.2008

J'aime pas les docs, c'est moche. Surtout pour les filles.
Oui, je fais ma tête de cochon, c'est comme ça...

Ecrit par : emanu124 | 12.05.2008

Ah quand même, il fallait bien que quelqu'un vienne rompre le consensus autour de ces pompes ! Merci Manu ;o))

Ecrit par : Jérôme | 12.05.2008

Bonjour,
Je suis très Dr Marten's depuis de nombreuses années. Je suis très bien chaussée et c'est les seules chaussures qui me vont bien. D'ailleurs, je peux les commander sur Internet, je sais qu'elles m'iront toujours.
Je ne parle pas que des chaussures aux oeillets, ils font de très belles bottes mais aussi des ballerines, des nu-pieds. C'est clair qu'il n'y a pas de talons, mais je n'en porte pas donc pas de problème.

Ecrit par : angelita | 13.05.2008

Tout ça pour une simple paire de chaussures… Pas de doute, elle est bien matérielle, cette civilisation ! :-)
Tout ça parce qu'un médecin Allemand avait mal aux pieds en 45…

Ecrit par : fabrice | 13.05.2008

Angelita, j'ai du mal à mettre autre chose aussi. Quand on a goûté au plaisir de cette semelle, c'est difficile de s'en passer ! Les nu-pieds, c'est ce qui me manque en fait !

Fabrice, comme quoi en 45 on trouvait des bienfaiteurs de l'humanité en Allemagne ;o)

Ecrit par : Jérôme | 13.05.2008

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