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12.05.2008
Doudou (by Anne Chiboum)
Comme je l'annonçais (cf. A propos), ce blog se veut un blog contributif dans lequel tout le monde peut participer en respectant le thème, même si c'est de façon ténue. La première à s'y coller, c'est Anne etje l'en remercie ! Bises !)
J’ai peu de souvenirs de ma petite enfance, sûrement sont-ils enfouis dans une zone où je ne sais pas accéder.
Ceux qui me restent sont des déchirures. L’une d’entre elle au sens propre.
J’avais un doudou, comme beaucoup d’enfants de parents qui ont lu Dolto. Mon doudou, c’était une couche en tissus. Comme tous les mômes des générations d’avant la pampers moderne, sans doute.
Mon doudou, il était crade, il sentait mauvais, mais c’est comme ça que je l’aimais. Maman devait lutter pour me l’arracher de temps à autres et le passer à la machine (après tout, à quoi ça sert de tout stériliser si c’est pour laisser les bébés s’attacher à n’importe quelle serpillère crasseuse ?).
Un jour, et j’en viens à mon souvenir, elle l’a lavé, et d’usure, il s’est déchiré en deux morceaux. Elle a bien sûr tenté de me faire croire que maintenant j’en aurais deux, mais pour me convaincre, elle aurait dû commencer beaucoup plus tôt.
Je me souviens de ma colère, de ma rage, de ma déception ce jour- là, quand on m’a apporté un doudou qui n’était plus lui-même. Sensation d’abandon, mon pote doudou n’était plus.
Evidemment, quand je suis devenue maman, c’est l’une des premières choses auxquelles j’ai pensé. Et j’ai fait le plein de doudous identiques pour ma fille, je l’ai habituée à les laver régulièrement, qu’elle s’attache aussi un peu à l’odeur de la lessive.
Dans tous les cadeaux qu’on a reçus, je me suis rendu compte que la couche en tissus existait encore, puisqu’il y en avait un nombre certain, agrémentées certes de jolies broderies, mais des couches en tissus quand même.
Ma fille n’en a jamais utilisé la moindre comme doudou, mais elles lui ont servi à éponger des bavouilles variées et plus ou moins odoriférantes.
En les lavant, je pestais sur la place que ça prenait, jusqu’à ce que mes doigts rencontrent un morceau d’étoffe au fond de la machine. Avant de la sortir, j’ai cru un instant que doudou, mon doudou, était ressuscité du fond des âges. Le même toucher, exactement. C’est ma mémoire sensorielle qui me l’a dit, et c’était tellement puissant et venu de loin que je n’ai aucun doute sur sa reconnaissance. Et pendant quelques secondes, je me suis sentie étonnamment bien, à l’abri, protégée, dans une sorte de bulle de bien-être inattaquable et complètement irrationnelle.
Et puis je l’ai sorti, il y avait un ourson dessus, une fleur, enfin rien à voir pour le look avec mon doudou uni blanc sale. Mais la puissance du souvenir qui s’est manifesté par le bout de mes doigts m’a consolée d’une chose : peut-être qu’on a l’air d’oublier, entre enfant et âge adulte, nos toutes premières années. Mais il reste des sédiments qui ne demandent qu’à se ranimer. Tout est là, à portée de main. Même si on ne s’en rend pas compte.
Ceux qui me restent sont des déchirures. L’une d’entre elle au sens propre.
J’avais un doudou, comme beaucoup d’enfants de parents qui ont lu Dolto. Mon doudou, c’était une couche en tissus. Comme tous les mômes des générations d’avant la pampers moderne, sans doute.
Mon doudou, il était crade, il sentait mauvais, mais c’est comme ça que je l’aimais. Maman devait lutter pour me l’arracher de temps à autres et le passer à la machine (après tout, à quoi ça sert de tout stériliser si c’est pour laisser les bébés s’attacher à n’importe quelle serpillère crasseuse ?).
Un jour, et j’en viens à mon souvenir, elle l’a lavé, et d’usure, il s’est déchiré en deux morceaux. Elle a bien sûr tenté de me faire croire que maintenant j’en aurais deux, mais pour me convaincre, elle aurait dû commencer beaucoup plus tôt.
Je me souviens de ma colère, de ma rage, de ma déception ce jour- là, quand on m’a apporté un doudou qui n’était plus lui-même. Sensation d’abandon, mon pote doudou n’était plus.
Evidemment, quand je suis devenue maman, c’est l’une des premières choses auxquelles j’ai pensé. Et j’ai fait le plein de doudous identiques pour ma fille, je l’ai habituée à les laver régulièrement, qu’elle s’attache aussi un peu à l’odeur de la lessive.
Dans tous les cadeaux qu’on a reçus, je me suis rendu compte que la couche en tissus existait encore, puisqu’il y en avait un nombre certain, agrémentées certes de jolies broderies, mais des couches en tissus quand même.
Ma fille n’en a jamais utilisé la moindre comme doudou, mais elles lui ont servi à éponger des bavouilles variées et plus ou moins odoriférantes.
En les lavant, je pestais sur la place que ça prenait, jusqu’à ce que mes doigts rencontrent un morceau d’étoffe au fond de la machine. Avant de la sortir, j’ai cru un instant que doudou, mon doudou, était ressuscité du fond des âges. Le même toucher, exactement. C’est ma mémoire sensorielle qui me l’a dit, et c’était tellement puissant et venu de loin que je n’ai aucun doute sur sa reconnaissance. Et pendant quelques secondes, je me suis sentie étonnamment bien, à l’abri, protégée, dans une sorte de bulle de bien-être inattaquable et complètement irrationnelle.
Et puis je l’ai sorti, il y avait un ourson dessus, une fleur, enfin rien à voir pour le look avec mon doudou uni blanc sale. Mais la puissance du souvenir qui s’est manifesté par le bout de mes doigts m’a consolée d’une chose : peut-être qu’on a l’air d’oublier, entre enfant et âge adulte, nos toutes premières années. Mais il reste des sédiments qui ne demandent qu’à se ranimer. Tout est là, à portée de main. Même si on ne s’en rend pas compte.
18:46 Publié dans Objets tendres | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : enfance, saleté, psychanalyse, lessive




Commentaires
Merci à toi de nous offrir cet espace ! Bises itou :)
Ecrit par : Anne | 12.05.2008
J'aime assez ton nouveau blog. Peut-être qu'un jour je laisserai un message sur un de mes objets favoris, mais auparavant, il faudra m'expliquer comment on procède.
Ecrit par : leunamme | 12.05.2008
Ce que c'est que le sensoriel... Après vient l'écriture, par exemple, qui transforme en odeur de madeleine délicatement plongée dans du thé, ce qui était au départ une biscotte dans du café.
Mais les sens ne trompent pas...
Ecrit par : jihelpe | 12.05.2008
Anne, c'est avant tout par fainéantise que je le fais faut dire… Pas le temps d'écrire trop souvent ;o))
Leunamme, c'est tout simple, tu m'envoies un texte, tu peux joindre photo et ce que tu veux pour illustrer et c'est tout !
Les doudous, c'est quand même un beau sujet. Il y a des objets inoubliables, même si on croit les avoir oubliés. Et le doudou, c'est souvent multidimensionnel, il y a aussi l'odeur en plus des 3 dimensions spatiales ! Celà dit, mes enfants ont toujours bien aimé qu'on lave leurs doudous (sauf qu'on le fait plus car ils risqueraient de ne plus ressortir du bain, c'est un peu la crasse qui les tient…
Ecrit par : Jérôme | 12.05.2008
ce que c'est que le sensoriel...
Ça se rappelle à nous, même si par l'écriture cela transforme une madeleine légèrement trempée dans du thé, ce qui était une biscotte plongée dans du café...
mais les sens ne trompent pas et ne se trompent pas...
Ecrit par : jihelpe | 12.05.2008
Un bug chez moi ce qui fait deux messages identiques pour le prix d'un...
Ecrit par : jihelpea | 12.05.2008
Jihelpe, nos messages se sont croisés.
J'aime bien la distinction que tu fais entre le sensoriel et l'écriture. Tu marques bien la différence, même quand on se raconte, on déforme parce qu'on implifie en utilisant des mots la complexité de la vie
Ecrit par : Jérôme | 13.05.2008
Moi aussi j'aime bien cette différence, ceci dit, j'aime bien une forme de rapport sensoriel à l'écriture : le son du glissement du stylo (plume, pour écrire des mots d'amour, toujours !) sur le papier, l'odeur de l'encre, de la feuille, quand il s'agit d'épistolaire, le goût de la gomme du timbre sur la langue... Ca vient enrichir tout le côté "construction intellectuelle et lexicale" de l'écriture.
Ecrit par : Anne | 13.05.2008
C'est marrant, je ne suis pas du tout accro à l'acte d'écrire avec crayon et papier. c'est rarissime maintenant que j'écrive, sauf pour prendre des notes. Pour moi, depuis longtemps maintenant, écrire se fait avec un clavier.
Ecrit par : Jérôme | 13.05.2008
Le doudou, très important. Le mien était une petite peluche toute noire, une chatte que j'avais appelé Juliette comme la vraie.
Quant à ma fille, elle a toujours le sien, 12 ans, mais il est en lambeau. C'est un clown Chicco que l'on a acheté 3-4 fois car il a été perdu deux fois. Mais il est impossible maintenant à retrouver. Donc, elle conserve le lambeau mais qu'importe.
Par contre, qu'un enfant même plus grand dorme avec cela ne me dérange pas. Car tout le monde a besoin de se rassurer, surtout quand nos enfants ou petits jeunes ont des soucis et que l'on ne sais pas quoi faire, même si on consulte.
Ecrit par : angelita | 13.05.2008
Angelita, le mien est toujours chez moi, peut-être en parlerai-je un jour…
Ca ne me dérange pas qu'un enfant même grand dorme avec, en revanche la place est la chambre pour moi. A la limite le salon quand on regarde un truc ensemble à la télé pour ma fille qui va avoir 10 ans, mais pas plus. on est dans le domaine de l'intime, pas besoin d'exhiber
Ecrit par : Jérôme | 13.05.2008
Jérôme, pour moi l'acte d'écrire à la main est rare, mais quand je prends le stylo pour écrire quelque chose à la main pour quelqu'un, c'est un signe de "tendre", en général.
Quant aux doudous des grands, tous les deux, je suis bien d'accord, pas d'âge limite ! Mais effectivement, pas nécessairement besoin de se trimballer partout avec. D'ailleurs ma fille ne sort pas avec le sien, bien qu'encore petite, ou alors très exceptionnellement !
Ecrit par : Anne | 14.05.2008
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