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30.05.2008

Tire-bouchon (By K)

 

 Après Fabrice, K nous livre sa vision du tire-bouchon
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Il descend lentement au coeur du liège.
Des crissements marquent sa progression en spirale
lorsqu'il est au travail.
Il s'enfonce,
n' a qu'une idée :
la bouteille doit enfanter.
Il échoue quelquefois et le bouchon
s'émiette, tombant dans le vin...
Quand tout se passe bien, la naissance
s'opère et, autour de lui, les yeux pétillent :
la promesse de la bouteille
délivrée met l'eau à la bouche.

27.05.2008

La guitare

C’est marrant comme le même objet lorsqu’il change de main peut devenir un objet de plaisir ou un objet de souffrances.

Prenez la guitare par exemple. Eh bien, c’est sûr qu’entre les mains de feu Hendrix, de P. Paul Fenech, Jack White, Franck Black ou mon copain Mourad on peut vraiment prendre son pied à écouter le musicien tirer des sons de cet instrument. Et je ne cite que les premiers noms qui me viennent à l’esprit, je ne recherche pas l’exhaustivité. Non, c’est vrai, il y a plein de gens qui savent se servir de la guitare et sont capables durant un petit moment, sauf si on prend en même temps qu’on écoute des substances illicites — ce qui n’arrive jamais — de nous faire oublier notre triste réalité. On se dit que non seulement l’instrument a des formes sensuelles, mais les sons qui en sortent sont en accord avec sa plastique.
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Quand c’est un Joe Satriani ou un Mark Knopfler qui a l’instrument en main, je reconnais que techniquement il n’y a pas grand-chose à dire, mais j’ai du mal à réprimer un bâillement, genre je sais que tu peux tirer les sons que tu veux de ton instrument, mais quand tu découvriras que c’est pas juste une technique tu n’hésites pas, tu m’appelles. Quoi de pire que ces mecs qui imaginent qu’il faut atteindre la perfection technique et vous assomment en cherchant à vous prouver leur talent ?

Ben de pire, y’a des gens comme mon copain. Je ne l’appellerais pas parce que déjà j’ai perdu son numéro et qu’on ne sait jamais s’il tombait par hasard sur ma prose, il ne serait sans doute pas content. En tout cas, quand il prenait la guitare, c’était terrible. On parle souvent des enfants qui torturent leur auditoire forcé en apprenant le violon, du cri redoutable du porc qu’on égorge, eh bien essayez d’imaginer pire.

Marc+Police+front.jpgCeux qui me connaissent dirons que c’est l’hôpital qui se fout de la charité, certes, à la différence cependant que j’ai compris que je ne savais pas jouer et que je n’ai jamais infligé à qui que ce soit l’écoute de mes méfaits. Mon ami se prenait pour un technicien hors pair. Il possédait d’ailleurs un matériel à donner envie à de vrais guitaristes. Un de ses plaisirs était de nous faire la démonstration de son talent. Je me souviens d’une soirée où nous dînions chez lui. Après le repas, alors que nous nous apprêtions à prendre un digestif — c’était il y a quelques années et la lutte contre l’alcool au volent était encore balbutiante — il glissa une cassette dans le lecteur en nous disant :
— Vous allez écouter, je suis particulièrement satisfait. J’ai trouvé le son. Et c’est une composition à moi ! »
Cette précision était superflue, aucun musicien même amateur n’aurait pu composer un tel fatras de notes. Nous nous regardions, cherchant une issue pour fuir. J’étais prêt à avouer n’importe quel crime pour que ça s’arrête. Ca s’est arrêté et le pire a commencé :
— Alors, comment avez-vous trouvé ?
Nous étions encore bons amis, on a trouvé des périphrases alambiquées pour dire que ça faisait du bien quand on entendait la dernière note. Dans ces moments, je serais prêt à brûler toutes les guitares sur Terre pour éviter à des gens comme lui de saloper ce qui peut être si bon. Je serais prêt à jurer de ne plus écouter que du Mark Knopfler, à ne lire que du Marc Lévy (il y a des prénoms qui portent la poisse quand même…). Mais bon, je repose un vieux Lou Reed sur ma platine et mon désamour passager s’éloigne vite.

26.05.2008

résistance (by Ed)

 Nouvelle contribution de Ed, qui inaugure une nouvelle catégorie (et un titre qui ne dévoile pas l'objet pour une fois)

 

Chers inconnus que je croise tous les jours,

Ce matin Alain s'est étonné. Il n'est pas le premier."Pourtant, toi qui es souvent seule..." "Ah bon ! Tu es pourtant quelqu'un de moderne !" "Tu sais, c'est pratique." Oui, je sais, il parait que cela pourrait même me sauver la vie. Mais après tout, j'ai vécu sans pendant quarante-six ans. Et je sais que ce n'est pas ça qui sauve. La chimio, les pompiers, l'amour, oui. Mais pas ça. On dit que l'on n'a pas assez de recul pour juger. Mais j'en ai assez pour me rendre compte que cela tue. Ca tue l'ambiance au milieu d'une séquence émouvante au cinéma. Ca tue l'esprit d'initiative. Ca tue l'indépendance. Ca tue la politesse. Ca tue la pudeur. Des scientifiques sérieux ont dit que cela tuerait à petit feu ses utilisateurs, et même les autres à cause des antennes. Cela empêcherait en tous cas de donner la vie. Attention, Messieurs, à vos testicules ! Alors bien qu'ayant cédé à d'autres tentations dues à la technologie, je résiste. Je résiste aux pubs débiles ; je résiste à la pression sociale ; je résiste au chantage de France Télécom qui supprime de plus en plus de cabines. Je continue de prendre des photos avec un appareil du même nom. J'écoute toujours mes chansons préférées sur CD et pas sous forme de sonnerie. J'écris encore des lettres et des e-mails avec des mots et des phrases. Et quoiqu’encartée vitalement et bancairement, numérotée par la Sécurité Sociale et par mon employeur, l'Education Nationale, et certainement maintes fois officiellement fichée, j'essaie par cette résistance à un achat cher et soi-disant d'avant-garde, de préserver mon dernier espace de liberté et de remplir mon devoir civique de ne pas polluer inutilement l'environnement sonore. Alors, vous ne m'avez sûrement pas remarquée. Mais la prochaine fois qu'il sonnera, pensez à moi. Je serai peut-être près de vous, plongée dans un roman, à pied, perdue dans mes pensées qui ne sont qu'à moi, ou en train de traverser devant votre voiture...

24.05.2008

Le dessous de plat (by K)

Un nouveau texte de K, qui poursuit son exploration poétique de nos objets familiers

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Son pré carré c'est la table.

Il y est posé, presque invisible sous le nez de figures ne lui prêtant pas attention.
Discret, ou peut-être connaisseur, il sait s'accommoder du cul rougeoyant des casseroles chaudes.
Mais les tables encombrées sont sa hantise : les poêles le démangent quand elles entament leur va-et-vient, poussées par les convives que gêne la longue queue.
S'il redoute les coups de gamelles fumantes que lui inflige dans la précipitation l'imprévoyant en train de se brûler, il préfère, fataliste, oublier ceux du brutal de la maison qui ne pose jamais rien en douceur.
Choqué, déplacé, soumis aux traitements les plus rudes, il reprend toujours le dessus.
Imperturbable et presque froid, il reste sur la table quand les convives ont depuis longtemps roulé dessous.

23.05.2008

Bout de bois

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Vu comme ça, ça ne ressemble qu’à un bête bout de bois. D’ailleurs, c’est un bête bout de bois. Mais peut-être que c’est quand même un peu plus que ça, je vous laisse juges.

Bon, d’accord, c’est un morceau de bois même pas sculpté, qui n’a pas une forme particulière, mais ce n’est pourtant pas un bout de bois sans histoire. On pourrait même dire que c’est un morceau d’histoire. Il s’agit d’un morceau de chêne, je sais qu’il paraît bien sombre pour du chêne, même pour un chêne foncé, mais si vous pouviez voir sa structure, c’est sans aucun doute du chêne : on discerne nettement des cernes de croissance et des rayons qui leurs sont perpendiculaires, typique du chêne. S’il est sombre, c’est qu’il est vieux et a séjourné dans de l’eau Les tanins contenus dans le bois ont migré, ont coloré le bois. C’est d’un chêne subfossile qu’est issu ce morceau de bois.

En fait, je ne sais pas vraiment s’il est si vieux que ça. Sans doute pas tant que ça. Enfin, il faut s’entendre sur ce qu’on entend par « vieux ». Comme ça, je dirais, qu’il doit avoir dans les 2 000 ans. Peut-être allez vous me dire « tout ça ? » et je vous répondrai : « que ça ! » Car il faut bien comprendre qu’on parle de deux petits millénaires, ce qui ne représente pas grand-chose dès qu’on regarde un peu l’histoire de la Terre. Mais bon, c’est déjà pas mal quand même.

Si je ne connais pas vraiment son âge, ce n’est pas faute d’avoir essayé de lui faire dire. J’ai fait appel à un dendrochronologue pour savoir de quand il datait. Le bois provient d’un tronc flotté échoué dans un petit cours d’eau de Franche-Comté, l’Orain. J’avais trouvé tout un ensemble de bois, dont des piles de pont, dont ce morceau. A proximité de cet ancien pont, une ancienne tuilerie gallo-romaine était déjà connue depuis longtemps. Les premières datations dendrochronologiques indiquaient un âge probable d’abattage des arbres au 1er siècle de notre ère. En cohérence avec la période d’activité de la tuilerie.

Pour dater, c’est simple dans le principe : on compte les cernes, suivant les années les cernes sont plus ou moins larges en fonction du stress subit par l’arbre. Ce stress a une origine climatique et se retrouve dans tous les arbres ayant poussé à la même époque, en comparant la série de cernes d’un échantillon donné, le nôtre par exemple, à un référentiel, on tombe sur des corrélations statistiques qui permettent d’attribuer un âge. Le problème, c’est que si l’arbre n’a pas été trop stressé, si les cernes ne sont pas assez nombreux, on ne peut pas vraiment obtenir un résultat statistiquement fiable. Dans le cas présent, les arbres n’étaient pas suffisamment stressés et je n’ai pas eu de dates fiables. Parfois, quand on ne cherche pas à vendre un candidat, les statisticiens n’oublient pas qu’ils sont scientifiques. Pas de date, pas d’histoire donc.

Mais ce n’est pas si simple. Car ce bois, si je n’ai pu avec certitude raconter son histoire, bien que mon intime conviction est qu’il est du 1er siècle de notre ère, ce bois fait un peu partie de mon histoire.

Je marchais dans la rivière, l’Orain donc, afin de comprendre sa dynamique, son fonctionnement. Mon regard avait été attiré par ces bois qui dépassaient des berges, au ras de l’eau. Il y en avait qui me semblaient taillés. J’ai fait le tour de ce secteur de la rivière et j’ai noté qu’il y avait à la fois de ces bois flottés et des piles de pont, dont l’orientation était incohérente avec la rivière actuelle, signe que l’ouvrage était antérieur au cours d’eau tel qu’on peut le voir aujourd’hui.

Content de ma découverte, mais ne sachant pas trop l’exploiter, j’ai filé au musée d’archéologie du coin pour la déclarer. Après avoir été un peu pris de haut — vous avez trouvé des bouts de bois, et alors ? — le regard porté sur ma découverte a changé quand j’ai annoncé que j’étais en thèse, membre d’un laboratoire du CNRS. On me dit alors, que je tombais bien car le mari de la Conservatrice était dendrochronologue. Nous avons pris contact pour nous retrouver sur le terrain afin de constater si on pouvait faire quelque chose de ces bois.

Au jour dit nous nous sommes retrouvé au bord de l’eau, avec scie et tronçonneuse, mon amie et son jeune fils. Bien sûr, ce qui ne devit durer que quelques instants pris plusieurs heures car le site était vraiment intéressant. Au moment de repartir, la voiture de mon compère n’arrivait plus à remonter la petite pente lui permettant de regagner le pont et la route pour rentrer chez lui. L’enfant était bien évidemment trempé à avoir traîné une partie de l’après midi dans la rivière. Il commençait à avoir froid. Je suis allé chercher un tracteur l’avantage de tomber en panne à la campagne. La voiture a été tirée sur la route, mais là, à force d’avoir tiré dessus, la batterie était à plat. Il a fallu tirer la voiture, mais démarrer en première une voiture tirée par un tracteur est une mauvaise idée et le moteur a rendu l’âme.

J’avais une petite AX, sans siège à l’arrière pour pouvoir transporter tout mon matériel de terrain (sonar courantomètre, bateau… ) Impossible de ramener tout le monde chez mon compagnon d’infortune. J’ai ramené l’enfant, me sis fait engueuler par sa mère car l’autre voiture du couple avait été cassée quelques semaines plus tôt et que tout ça pour quelques bouts de bois c’était quand même un peu fort. Mon amie pendant ce temps tuait le temps avec un parfait inconnu dans une voiture infirme. Nous avons récupéré tout le monde, nous sommes rapatriés chez ces gens que nous ne connaissions pas vraiment. En guise de premier contact, on fait mieux. Nous ne savions pas vraiment où nous foutre, nous préparions à partir le plus vite possible.

Le Dendrochronologue nous a invité à manger pour nous remettre de nos émotions. L’ambiance était un peu tendue avec sa femme au début, mais après quelques verres de Jura, l’atmosphère s’était un peu réchauffée. Nous avons sympathisé, d’abord avec lui, puis, plus tard, avec elle. J’ai rencontré le petit milieu des archéologues de la région grâce à ce nouvel ami. J’ai pu ensuite travailler sur un chantier de fouilles, en faire mon métier. Même si dorénavant j’ai quitté ce métier, c’est un peu grâce à ce bout de bois que ma carrière pris la tournure qu’elle pris, que j’ai croisé toutes ces personnes qui sont devenues et sont restées des amis malgré notre éloignement actuel. Pour moi, ce bout de bois a bien une histoire, même s’il ne raconte pas l’Histoire et il mérite bien sa place dans ma bibliothèque.

21.05.2008

Le tire-bouchon (by Fabrice)

Au tour de Fabrice, qui bien que peu convaincu au départ nous donne envie de déboucher une bonne bouteille !  
 
Alors que je désespérais, incapable de trouver un objet dont je pourrais parler ici, j'ai pensé à une évidence. L'objet qui convient parfaitement, le genre de truc dont on voit le côté pratique, mais qui cache derrière ça plein de petites choses qui en disent long. C'est le cas du tire-bouchon. Mais attention, pas n'importe lequel. Le tout nouveau, top moderne, hyper efficace, celui que m'a offert ma femme l'an dernier.
Pourquoi parler d'un tire-bouchon ?
Tout simplement pour ce que cela signifie. A la maison, on ne boit du vin que lorsqu'on a des invités (je précise bien que je parle de vin, rien n'interdit de se prendre des apéros quand on en a envie, une petite bière par ci par là…). Donc, le simple fait de sortir le tire-bouchon hyper-top-moderne de sa boîte est synonyme de convivialité. On a du monde à la maison, et donc, en supposant que les casse-pieds et autres pique-assiettes sont peu nombreux chez nous, on va passer un bon moment à se faire une bonne bouffe tout en descendant ladite bouteille.
Ensuite, vient la spécificité de "ce" tire-bouchon. Il répond à un besoin ou plutôt à un ras-le-bol envers mon incompétence à me servir de mes dix doigts. Finis, les bouchons coupés en deux, les morceaux de liège flottant dans la bouteille sous prétexte que je n'ai pas été fichu de l'ouvrir (la bouteille) correctement.
Oui, je crois qu'en fin de compte, notre hôte a raison, ça peut être révélateur, un objet !
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20.05.2008

Un rasoir mécanique (by Jihelpe)

 Le texte du jour vous est offert par Jihelpe, qui doit être barbu s'il n'a pas d'autre rasoir !
La force centrifuge au secours du « raseur » en toute circonstance. Un objet que j’ai gagné lors d’une soirée « Lots ».
Alors pour commencer, qu’est ce qu’une soirée « Lots » ?
Une soirée « Lots » est une soirée entre amis et connaissances dans laquelle des jeux sont organisés par chaque participants qui met un lot en… jeu.
Généralement des objets que l’on ne veut plus chez soi, et parfois des magnifiques cadeaux… Mais comme tout est emballé, personne ne sait ce qu’il y a à gagner… ou à perdre…
Car le « Lot » peut-être remporté par celui qui gagne ou par celui qui perd le jeu…
Celui qui mène le jeu et met en jeu son « cadeau », annonce la règle.
Ainsi le perdant peut se retrouver avec un super livre par exemple, tandis que le gagnant d’un autre jeu va être l’heureux propriétaire d’une Tour Eiffel-Neige…
Donc, personne ne sait s’il a intérêt à gagner où à perdre…
Et moi, j’ai donc gagné ce rasoir « électrico-manuel » que j’ai tout de suite adopté. Non pas comme rasoir, mais comme objet.1788876150.jpg
Il représente pour moi, tout un imaginaire qui se construit autour de lui.
D’abord il m’intéressait au niveau cinéma. Il me faisait déjà irrémédiablement penser à « Un homme et une femme », lorsque Jean Louis Trintignant se rase dans la voiture en conduisant avant de rejoindre Anouk aimé sur la plage de Deauville pour la scène mythique…

J’ai toujours regardé cet objet comme un élément d’une scène dans laquelle le geste de lancer le mécanisme du rasoir correspondrait à la manifestation d’un sentiment du personnage.
Comme on peut le distinguer sur les photos il y a un cordon que l’on tire, plusieurs fois, un peu comme on fait pour lancer le moteur d’une tondeuse ou d’un bateau.755003302.jpg
Cela entraîne le moteur qui fait tourner la lame.
Il faut savoir que cet objet est assez lourd. Il est actionné donc par la force physique –toute relative, bien sur- et, ce qui surprend la première fois, la rotation se décentre de manière à ce que la force ne reste pas toujours sur le même endroit. Ce qui permet un rasage de meilleure qualité.
Quoique, pour ce qui et du rasage, je m’en suis servi pour un petit essai ponctuel, mais je pense que les lames sont usées.

Toujours est-il que je garde cet objet, sans savoir spécialement pourquoi maintenant, depuis des années.

C’est le seul objet que l’on peut trouver dans ma bibliothèque.

18.05.2008

La pince à linge (by K)

 

Ce soir, c'est K qui s'y colle, dans un tout autre registre 

1556701370.JPGOn la tire de sa boîte ou d'un sac quand elle n'est pas restée sur le fil.
Elle est en plastique ou en bois, parfois métallique et recouverte d'une pellicule plastifiée.
Elle aime tous les tissus, croque toutes les fibres.
Elle hante des buanderies opaques sur de petits séchoirs dont elle reste solidaire lorsque ceux-ci s'effondrent.
Elle accompagne nos vêtements lors de leur pendaison. Mais elle reste impuissante devant les larmes qui s'en égouttent.
Les grandes claques du vent l'ébranlent parfois mais elle n'en démord pas.
Elle résiste aux tourbillons qui, enchevêtrant le linge, manquent de l'étouffer ou de l'écarteler.
Quand la tempête est passée, que le linge a séché, tout lui semble plus léger.
Funambule immobile qui rêve d'hirondelles sur son fil.

17.05.2008

La clé (By Ed)

 

 Ce coup-ci, c'est Ed qui s'y colle. Et on ne se demande pas ce qu'elle fout là !

J’ai cherché quel pouvait bien être l’objet que je possède depuis le plus longtemps et que j’utilise souvent, voire quotidiennement. Bien des choses me sont venues à l’esprit : des vêtements, que je traîne depuis des années et que je n’arrive pas à abandonner, bien que l’envie m’en prenne parfois ; des livres, des disques, relus et réécoutés tant et si bien qu’ils me rassurent comme une voix sur laquelle on peut compter. Et finalement, cet objet personnel, indispensable, et porteur d’une histoire, le voici :

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Cette clé date de 1937 au moins. C’est en tous cas la date à partir de laquelle elle a appartenu à mon arrière-grand-oncle et mon arrière-grand-tante. Petite, dans les années 60 je l’ai sûrement vue, mais ils ne devaient sans doute pas me laisser m’en servir toute seule quand je venais chez eux une fois par semaine, dormir le mercredi soir, et rester le jeudi, toute la journée, attendant avec impatience Zorro et le Sergent Garcia, et laissant ainsi une soirée tranquille à mes parents, et un jeudi à ma maman pour faire son ménage et son boulot de classe. A partir de 1967 cette clé est devenue « notre » clé, à mes parents, mon frère, mon arrière-grand tante qui a vendu sa maison en viager à mes parents, et à moi. Il a fallu, quand je suis passée en 6ème, en faire des doubles. Les enfants sont devenus autonomes. A 18 ans j’ai ajouté à mon trousseau la clé de ma chambre d’étudiante à Paris, puis, de mon appart’ en Angleterre, et ensuite de mes différents appartements d’adulte. Mais jamais je ne me suis séparée de cette clé. Seulement, elle est devenue « la clé de mes parents », puis, « la clé de mon père ». De 1983, année où je suis devenue prof, jusqu’en 1997, j’ai sonné avant de l’utiliser. Depuis onze ans, en revanche, plus besoin de sonner, ce petit objet, ainsi que tout ce qui l’entoure, est à moi. Ca fait drôle de devenir propriétaire, simplement par faute de combattants. C’est un grand vide. Alors cette clé, quand je l’ai en main, c’est un peu le lien avec la maison pleine, avec ceux qui l’ont tenue avant moi. Je ne suis pas près de changer la serrure !

15.05.2008

Mon bureau

Mon bureau, c’est l’objet que je ne vois jamais alors que je suis devant une grande partie de mes journées. Je devrais dire mes bureaux car j’en ai un au boulot et un chez moi, qui est un peu le témoignage de mes vies passées lorsque je devais travailler chez moi. J’utilise encore ce second bureau, mais sans doute moins qu’avant, et en tout état de cause de façon fort différente. Avant, lorsque je n’étais pas dehors sur un terrain couvert de boue, j’étais chez moi, à rédiger des rapports, des articles, des morceaux de thèse, des notes de blog et autres textes divers et variés et je passais un nombre d’heure assez important devant ma table. Mon employeur ne me mettait pas de lieu de travail à ma disposition, même pas dans le lieu où j’étais supposé travailler, à plus de 300 km de chez moi.

1333172296.jpgA cette époque, mon appartement était souvent réduit non pas à une pièce, mais à un meuble devant lequel je passais mes journées et souvent mes nuits. Je terminais le rapport que je n’avais pas pris le temps d’écrire dans la journée car j’avais la tête ailleurs ou parce que le temps dont je disposais était insuffisant pour rendre compte de ce que j’avais fait et vu De toute façon, j’aimais travailler tard, la nuit, période la plus favorable pour moi pour me concentrer, ne pas être perturbé par l’environnement extérieur.

Comme j’avais des activités multiples sur ce bureau, que j’y passais du temps, on y trouvait un peu de tout. Un ordinateur bien sûr, un Mac trônant à la bonne place, c’est-à-dire pas tout à fait au centre de la table. Mon bureau est une dalle de verre reposant sur deux pieds en bois, dalle récupérée dan un dépôt-vente quelconque, assez épaisse, mais longue, et je n’ai jamais eu totalement confiance en sa solidité dans la partie centrale entre les deux pieds. Et puis, on trouvait dessus des tirés à part de revues scientifiques, des cartes en tout genre, des papiers, des carnets de terrain, des rapports antérieurs, des dictionnaires, des disques, à manger, à boire, des crayons, des règles, des journaux, des lettres, le tout dans le plus organisé des bordel possible.

J’aimais avoir à porté de main ce dont j’avais besoin, et ce dont j’avais besoin était d’une telle diversité qu’on pouvait trouver un peu n’importe quoi sur mon bureau. Le dernier papier, le dernier crayon se trouvait sur le dessus d’une pile, l’ensemble se déplaçant selon les règles chaotiques d’une tectonique des piles qui reste à écrire. Parfois un fort séisme introduisait un semblant d’ordre en regroupant par thème les éléments divers, mais ce genre d’événement, imprévisible, ne se produisait qu’à intervalles de temps très irréguliers.

Quand mon activité a changé, que j’ai définitivement renoncé à boucler cette thèse qui ne m’aurait rien apporté de plus que d’accoler le titre de docteur à mon nom quand je me rends en Allemagne, ce qui arrive rarement, j’aurai pu tout ranger, faire place nette. J’avais un vrai lieu de travail rien qu’à moi, avec un ordinateur que je ne devais partager avec personne. Mon bureau personnel n’aurait pu qu’être une table parmi d’autres dans la maison. Mais il n’en a rien été. Il demeure en quelque sorte le témoin de mes vies passées, il n’est pas retombé dans un anonymat du bureau de passage des différents membres de la famille. Je ne suis pas le seul à l’utiliser, mais il est clairement reconnu comme mien. On y trouve toujours des tirés à part, des carnets de terrain, des cartes, des crayons, des dictionnaires. J’y passe toujours du temps pour écrire des notes de blog. Bien sûr, je ne travaille plus dessus, même si je suis encore parfois sollicité pour un truc ou un autre.

Mais maintenant, je suis infidèle à ce bureau, j’ai mon autre devant lequel je passe mes journées quand je ne suis pas en réunion un peu partout. Ce bureau, j’y passe du temps, mais moins que j’en passais sur le mien. Mes activités y sont professionnelles, pas personnelles, et 941435700.jpgmoins variées du coup, un peu. Pourtant, on y trouve aussi des piles diverses qui se déplacent au gré de mes travaux du jour, des petits objets qui ne servent à rien mais qui m’amusent, une carafe pour avoir de l’eau, des crayons, un téléphone, un ordinateur, des journaux, des clés…

En fait, je ne suis pas capable de travailler dans un univers rangé où rien ne dépasse. Mes piles ne sont jamais droites avec des feuilles bien alignées, jamais organisées de façon tout à fait cohérente, mais globalement je m’y retrouve. En fait, je crois que je perdrais plus de temps à ranger régulièrement mon bureau qu’à laisser les documents vivre leur vie dessus. Et même, quand je passe devant le bureau de certains collègues toujours bien rangé, sans une feuille qui dépasse, ça me fait toujours un peu le même effet que lorsque je croise quelqu’un toujours tiré à quatre épingles sans un cheveu qui dépasse, avec un jean repassé et un pli dans l’axe de la jambe. Ca me fiche un peu la trouille, comme s’il manquait un peu de vie dans cette image qui paraît sortie d’un catalogue.

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