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20.06.2008
L'aspirateur (by K)
On poursuit la balade poétique dans les objets de K
Cette souris géante à la queue électrique grignote vos tapis,vos moquettes avec un appétit glouton.
Mais elle se gave au point qu'il faut régulièrement l'opérer pour lui changer l'estomac.
Quand on a admis qu'elle ne sait travailler sans bruit,
on peut apprécier ses diverses prestations :
un cliquetis parfois quand elle avale un gravier,un objet métallique
ou un sifflement étrange lorsqu'un papier s'engouffre dans son oesophage.
Tout s'est enfui sur son passage : la poussière disparue fait douter du temps qui passe.
Plus aucune trace de pas , empreintes effacées...
Une autre histoire peut commencer.
Enfin, l'aspirateur est retourné dans son placard.
On l'a calé, non sans mal.
La porte refermée, on s'est éloigné,
quand un dernier bruit nous rattrape :
l'ultime convulsion du flexible.
00:03 Publié dans Objets du quotidien, Objets poétiques, poésie des objets | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : ménage, bruit, poussière, disparition
16.06.2008
Objets jumeaux (by Anne Chiboum)
Une nouvelle contribution d'Anne
J’aime bien, comme un signe de connivence, avoir un « objet jumeau » avec des gens dont je suis proche.
C’est d’ailleurs un tic familial : ma grand-mère nous avait offert, à ma tante et moi, un dessous de plat (immonde) identique à l’un des siens. Résultats des courses, j’ai un truc en fonte avec un coq dessus qui traîne depuis des années et que je suis incapable de jeter-donner-recycler.
Mon père et sa sœur ma tante ont un cendrier identique, très beau d’ailleurs, en cristal avec une forme étrange (de la kryptonite, prétendent certains. Mais en plus sobre.). Ces dernières années, heureusement qu’un océan les séparent, ils en seraient plutôt à se balancer des objets contondants à la tête, mais en tout cas c’était quelque chose de délibéré, quand ils l’ont fait.
Il y a une histoire de tableau aussi, une espèce de pastiche de Mondrian, nommé « Pique Nique au bord de la Meuse en 1820 », qu’on avait bidouillé avec papa en sortant de la Fondation Maeght et qui a fait des petits (offert avec notice de montage « Ikea-like » à une bande d’amis artistes qui en sont encore un peu… étonnés, disons).
A propos de papa, et pour en revenir au coq, il m’en a offert un magnifique, pour mes trente ans, qui trône sur une étagère. Et lui il a son petit frère sur la terrasse. Ils ne sont pas identiques mais se ressemblent beaucoup, viennent de la même main comme nous sommes de la même famille, j’adore.
Je devais avoir un objet jumeau fabriqué de mes mains avec quelqu’un que j’aime beaucoup. Le sort en a décidé autrement puisqu’une autre que j’aime beaucoup est tombée amoureuse de mon exemplaire, et que je le lui ai offert… sans regrets, d’ailleurs. Mais du coup, à écrire ces mots, je songe qu’il faut que je réactive mon projet de gémellité matérielle à installer quelque part, dans un coin.
Si j’aime ces objets jumeaux, c’est parce que je sais que si mon œil se pose dessus, j’ai immédiatement la tête et le cœur emplis de tendresse, d’images de bons moments, de mots simples et essentiels. Bien sûr, tout ça, on peut le faire autrement, c’est juste un petit plus, poétique parfois, incongru, de temps en temps, à la somme des petites choses qui nous lient à quelqu’un.
D’autres n’y voient qu’un bazar encombrant de plus, tant pis pour eux.
14:21 Publié dans Objets de mémoire, mémoire des objets, Objets tendres | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : coq, famille, paire, kryptonite
10.06.2008
Peluches
Quand j’étais petit, j’étais très peluches. J’avais ma peluche fétiche qui dormait toujours avec moi, mais aussi toute une ménagerie qui peuplait qui mon lit, qui ma chambre selon une occupation géographique de l’espace qui ne devait que fort peu de choses au hasard. Cette faune bigarrée restait dans ma chambre, sauf lors de nos migrations estivales durant lesquelles mon fidèle compagnon m’accompagnait. Le temps passait, mais je ne me séparait pas pour autant de mes peluches, sans éprouver de honte par rapport au fait de dormir avec, mais sans le crier sur les toits non plus.
Bien des années plus tard, après plusieurs déménagements, il me reste toujours les plus loyaux, une poignée, mes grognards, les derniers vestiges matériels de mon enfance, de celui qui fut moi. Ils sont dans ma chambre, mais ont quitté mon lit depuis bien longtemps.
Maintenant, ce sont mes enfants qui entassent les peluches dans leur lit. Et le flot semble impossible à contenir, la chambre est submergée par des peluches de toutes sortes, des plus classiques nounours à l’ornithorynque en passant par les dinosaures et Super Mario. La diversité est impressionnante, aussi bien en termes de bestiaire que de taille et de texture. En quelques décennies, on a changé de dimension.
Ce qui était un objet intime — on en offrait peu, il en existait peu et leur fonction était de devenir des doudous avant tout — est devenu un objet de grande consommation, qui s’affiche partout, qui n’est plus à destination unique des plus petits. Comme tous les jouets, on en offre un peu tout le temps. Peut-être parce qu’on a une vie sociale plus riche qui nous fait fréquenter plus de monde que nos parents en voyaient — ce qui multiplie les cadeaux — peut-être parce qu’on culpabilise plus de ne pas assez être présents auprès des enfants et qu’on compense du côté matériel ce qu’on sent qu’on n’apporte plus assez sur le plan émotionnel, relationnel.
En devenant des objets communs, banalisés, les peluches ont quitté la sphère intime et colonisent des espaces où nous ne les avions jamais vus auparavant. Même les adultes s’affichent avec des peluches.qui colonisent fréquemment l’habitacle des voitures. Je me bats avec ma fille pour lui faire admettre qu’elle est maintenant un peu grande pour trimballer son doudou partout, mais dans le même temps, elle croise chaque jour des personnes qui se baladent avec leur peluche. Je dois être un peu vieux jeu à considérer que le doudou relève du privé. Encore qu’elle assume mal de s’afficher auprès de ses copains et copines avec sa peluche informe d’avoir trop été aimé.
En tout cas, une chose m’intrigue. On voit depuis quelques années se multiplier des porte-clés peluches, généralement de petits animaux. Ce sont exclusivement des femmes qui les adoptent chez les adultes. Des femmes qui n’ont pas forcément en apparence le profil de l’adulescente. Je me demande pourquoi les femmes manifestent cet attachement à ces micros peluches ? Le doudou est considéré comme un objet transitionnel, de quelle transition ces peluches sont-elles les vecteurs ?
23:04 Publié dans Objets cultes, Objets tendres | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : doudou, nounours, porte-clés, objet transitionnel
04.06.2008
Les tire-bouchons
C’est étonnant tout de même les hasards de la vie. En pensant à ce blog, avant de le créer, parmi les thèmes auxquels j’avais pensé se trouvait celui du tire-bouchon. J’aime bien cet objet, pas seulement en raison de sa fonction (par exemple, j’ai moins d’intérêt pour le décapsuleur alors que j’en avais toujours un sur moi quand j’étais ado), mais aussi pou la diversité de ses formes. On pourrait se dire qu’au delà de son habillage le principe reste fondamentalement le même : une vrille qui descend dans le liège lorsque l’on tourne, puis on fait remonter en tirant, la seule variation venant de l’assistance offerte par l’engin pour la descente et la remontée. La diversité serait uniquement là que nous aurions des objets d’une grande variété, mais il n’y a pas que ça.
Tout petit déjà l’objet me plaisait. Avant même de lui trouver une quelconque utilité. J’en avais un en bois à la maison et j’aimais jouer à faire descendre la vrille sans savoir trop comment l’engin fonctionnait. Le « De Gaulle » qui lève les bras quand on l’enfonce dans les bouchons pour signifier qu’il a compris de quoi on a envie — que Psyblog appelle l’alleluia ce qui me plait aussi — m’amusait aussi.
Par la suite, le côté fonctionnel m’est apparu plus important. Entre le besoin d’en avoir un avec soi — ouvrir une bouteille avec un Estwing n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser… — et celui de retirer des bouchons rétifs à toute sortie, mes attentes n’avaient pas toujours de solution en un seul objet. J’ai essayé le modèle de la vis sans fin où il faut toujours tourner dans le même sens pour retirer le bouchon, mais j’avais un faible pour mon tire-bouchon à lames. A la place de la vrille, deux lames qu’on enfonce de part et d’autre du bouchon que l’on fait remonter en tournant l’outil. J’aimais d’autant plus celui-ci qu’il m’avait été offert par le patron de la boutique dans laquelle je me faisais un peu d’argent de poche au noir en lavant des fûts de pinard. Mon père, amateur de gadgets improbables supposés vous simplifier la vie et qui finissent au fond d’un tiroir car ils ne servent à rien où sont inutilisables, a eu des modèles étonnants comme celui à air : il fallait percer le bouchon avec une aiguille pour envoyer de l’aire, la différence de pression faisant remonter le bouchon. En théorie.
J’avais donc envisagé de parler de tire-bouchon et je me suis retrouvé dépassé chez moi par les contributions de Fabrice sur la Rolls du genre et par K dans sa veine poétique. Je me disais que j’allais parler d’autre chose en partant pour mon week-end angevin financé par les buveurs d’eau. Trois jours de jeux divers, de rencontres sportives et de soirées arrosées, trois jours d’un peu n’importe quoi qui font plaisir. Arrivé sur place, je reçois mon petit sac du participant et dedans, à côté d’une bouteille de Coteaux du Layon, il y avait ça :

Je pensais être loin de cette thématique, et je me suis retrouvé avec un nouveau modèle. Je ne pouvais plus ne pas en parler…
22:23 Publié dans Objets du quotidien | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : vin, bouteille, gadgets, marteau



